dimanche 27 avril 2008

IL FAUT SUPPRIMER LES

Stéphane DITCHEV, secrétaire général de la Fédération Nationale des Mouvements de la Condition Paternelle
F.M.C.P. -144 Avenue Daumesnil, 75012 PARIS -tél. 01 43 41 45 18 -fax 01 40 04 94
décembre 2005
IL FAUT SUPPRIMER LES POINTS-RENCONTRE !
Il y a d'autres solutions…
LES DEMANDES p. 2 LES CAS PARTICULIERS p. 5 LES "LIEUX D'ACCUEIL" ET LE CONFLIT p. 6 LES SOUHAITS DES PARENTS p. 12 LES LIEUX D'ACCUEIL ET LA MÉDIATION FAMILIALE p. 13 LES SOLUTIONS SONT-ELLES DANS LE PROCESSUS JUDICIAIRE p.
OU DANS LE DOMAINE DES RELATIONS PARENTALES ?
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LES DEMANDES
Depuis quelques années, nous constatons la multiplication des lieux d'accueil et de rencontre pour parents et enfants, dénommés diversement, et nous y voyons beaucoup d'aspects difficiles que nous allons aborder…
En quelque sorte, nous allons jouer les "parents du diable..." mais en s'appuyant essentiellement sur les paroles des parents eux-mêmes, et veuillez à l'avance les excuser si leurs paroles que je rapporte ici sont à contre-courant de certaines idées.
A qui s'adressent ces lieux d'accueil ? A quel public, et dans quel buts ?
Est-ce un accueil pour les parents qui n'arrivent pas à se mettre d'accord sur leur projet parental d'organisation de la vie de leur enfant ?
Est-ce un lieu de cadrage de la rencontre parent-enfant ?
Est-ce un lieu pour les parents qui sont à la rue, pour les parents du quart-monde qui ne savent pas où rencontrer leur enfant ?
Est-ce un lieu pour les gens violents, drogués ou abuseurs ?
Est-ce un lieu alibi ? alibi de dysfonctionnements, et lesquels ?
D'emblée, nous dirons que les lieux d'accueil, c'est la "réussite" du conflit puisque l'un des deux parents se trouve donc dans une position de rapport de force telle qu'il contraint l'autre à
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l'absence d'une relation avec leur enfant commun. C'est l'exercice d'un pouvoir alors terrible : l'enfermement et la limitation de droit… de l'autre ! C'est mettre l'autre parent à la merci d'une surveillance de chaque instant... comme s'il fallait être surveillé dans sa parentalité. C'est aussi mettre un doute sur la parentalité, une méfiance.
Est-ce une étape nécessaire ? Encore faut-il approcher ou définir ce qui est nécessaire.
Peut-être cela évite le pire, bien que ce soit déjà le pire, mais cela empêche souvent le mieux.
Ce lieu, pour un parent, n'est pas sa propre maison, où il serait sous son propre toit ; c'est un lieu où l'on ne retrouve pas son intimité, l'intimité de son foyer. C'est un lieu artificiel, un lieu de contrainte, même s'il est question de rencontrer son enfant, car tout dépend des conditions, et les conditions sont là mauvaises.
Mais surtout, c'est la limitation de la durée de la relation entre parent et enfant, et ceci engendre une grande frustration.
Là où chacun des deux parents, en début de séparation, voulait, souhaitait, espérait avoir ses enfants avec lui le plus possible, cette relation devient réduite habituellement à un week-end sur deux, au 1er, 3ème et éventuellement 5ème de chaque mois. Mais, pis encore, tout-à-coup, avec les points-rencontre, cette relation devient réduite à quelques heures, souvent seulement une, deux heures ou trois par quinzaine...
De plus, parfois ou souvent, cette mesure prend plusieurs mois pour débuter, à être mise en oeuvre : entre le délai de la rédaction de la décision judiciaire, les prises de rendez-vous pour examen de la situation avec les parents, les créneaux horaires à trouver pour les rencontres, et parfois la mauvaise volonté de l'un d'eux.
Le temps est un élément très fort et présent pour ces parents qui attendent, qui attendent alors qu'ils pensent normal d'être et de vivre avec leur enfant chaque jour, qui attendent à la petite quinzaine pour voir ou plutôt pour entrevoir leur enfant seulement une heure ou deux seulement.
Et ceci, sans compter les fois où l'enfant ne viendra pas !
Ces lieux d'accueil apparaissent comme des réponses très simplistes à la demande des institutions, face à l'un des parents voulant restreindre ou éliminer la relation de l'autre avec leur
p. 3 enfant commun, plutôt que comme une demande d'un des parents pour améliorer la situation, ainsi qu'on la retrouve formulée en médiation familiale.
Comment respecter les droits de l'enfant, le respect de la vie privée, et même les droits de l'Homme ? Comment respecter ces droits fondamentaux et naturels, en limitant à ce point la relation parent-enfant, dans 9 cas sur 10, la relation père-enfant ? Comment respecter la psychologie parentale, l'affection et l'émotivité à laquelle chacun a droit, mais surtout le sort et l'avenir de l'enfant ?
Sans doute si certains parents sont demandeurs de lieux d'accueil, c'est parce qu'ils sont déjà déresponsabilisés par rapport à leurs enfants ; c'est qu'on leur a déjà enlevé beaucoup de droits ; c'est qu'on leur a enlevé ce qui fait que tout parent se sent parent à part entière. Ceux qui sont et se sentent responsables de leur enfant (par exemple en début de procédure, ou avant) ne sont pas du tout demandeurs de "lieux d'accueil" : voir son enfant dans un cadre étroit et d'une telle façon limitée dans le temps, est forcément une déresponsabilisation et une souffrance qu'aucun ne peut accepter !
Ce lieu d'accueil n'est pas la demande des parents. La demande des parents est de voir leurs enfants dans des conditions normales, de s'en occuper sous leur toit, chez eux, et de vivre avec eux dans le quotidien.
Ce n'est pas plus la demande des enfants qui souhaiteraient bien avoir des relations normales, habituelles, fréquentes, continues et prolongées avec leurs deux parents. Or, ils sont trop souvent pris dans un conflit de loyauté qui les enserre dans des liens "contraints" avec celui des parents qui a autorité sur eux en fonction du rapport de force dans le couple ou en fonction d'une décision judiciaire.
Et, signe insidieux, ceux qui sont demandeurs de ces lieux d'accueil, ou qui ont intérêt à voir un tel manque de relation entre enfant et parent peuvent enfin dire : mais il/elle "voit" son enfant, et même régulièrement... !
Les enfants même risquent de s'y prendre au jeu. Ils risquent de finir par dire que cela est très bien de ne voir un de ses parents que quelques heures, que si peu, et de plus il suffit qu'ils disent "non" pour que leur parole soit entendue et "respecté" ! Or cela n'est pas respecter la parole de l'enfant. C'est seulement respecter son instrumentalisation, et va contre son intérêt.
Le lieu d'accueil n'est pas la bonne réponse pour les parents, ni pour les enfants.
p. 4 Oui, il y a bien une question de langage : rencontre, visite... S'il y a un parent qui "rencontre"
son enfant, c'est qu'il est déjà exclu de sa vie, c'est que l'autre vit chaque jour avec lui...
-le parent "visiteur" est bien souvent un parent dénigré, rendu sans droit, -le parent "habituel" est bien souvent le parent ayant tous les droits dans la réalité, ayant réussi à éliminer l'autre parent, -et, nous éviterons de dire "parent gardien" comme cela arrive souvent.
Nous garderons ici, contre notre volonté, le terme de "droit de visite", mais il apparaît bien que les lieux d'accueil ne nous ouvrent pas d'autres horizons.
LES CAS PARTICULIERS
Avant toute analyse sur la question du conflit, il faut faire une distinction entre ceux qui doivent voir leurs enfants dans ces lieux d'accueil, sous surveillance, parce qu'ils sont dans ces cas particuliers de parents violents, toxicomanes, alcooliques, abuseurs sexuels, ou psychopathes, et ceux qui sont seulement "en conflit" ou même en simple désaccord.
Encore faudrait-il relativiser : quelle violence et quelles causes ? Quel alcoolisme, et pourquoi ? Quels abus sexuels, réalité ou fantasme ? Pathologie ou norme sociale dépassée ? Et il faudrait aussi examiner le bien fondé de ces cas car les fausses accusations sont extrêmement courantes en la matière.
LES "LIEUX D'ACCUEIL" ET LE CONFLIT
Depuis des années, nous avons eu maintes occasions de rencontrer des parents qui étaient empêchés de voir leurs enfants soit par une décision judiciaire, soit par l'autre parent des enfants communs qui faisait obstruction.
Tout en proclamant que ce ne sont pas les recours en matière pénale qui amèneront les bonnes solutions, il nous faut constater une grande mansuétude sinon la bonne compréhension des tribunaux répressifs vis-à-vis de ces questions, dès qu'il est question de la parole de l'enfant… à moins qu'il ne soit question que d'incapacité à trouver des solutions.
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Nos observations nous montrent que les lieux d'accueil deviennent souvent un moyen pour l'un des parents pour limiter le "droit de visite" déjà si minime pour l'autre. Bien des exemples montrent que le point-rencontre est la réponse judiciaire faite à l'un des parents quand l'autre s'oppose réellement à la relation qu'il souhaite avoir avec son enfant. Là où, précédemment, il y a quelques années, les juges incitaient, souvent avec fermeté, à la bonne application de la décision judiciaire pour maintenir la relation parent-enfant avec un "droit" bien précis et défini, ils nous semblent maintenant enclins à un certain laxisme et tentent cet artifice de relation parentale qu'est le lieu d'accueil et de rencontre. Les "droits de visite" seulement "habituellement" du week-end (une fois sur deux) se transforment en quelques heures un samedi de temps en temps : réduction dans le temps, réduction dans la fréquence, réduction dans la relation parentale.
Avant l'époque, ou avant l'invention de ces lieux d'accueil, il y a à peine plus de vingt ans, les juges ordonnaient un "droit de visite classique" (sic) en cas de désaccord : 1er, 3ème, 5ème weekend et la moitié des vacances. Maintenant, devant la difficulté des juges à dire "le droit et le devoir" en matière familiale, la nouvelle règle du désaccord devient "classique" : quelques heures sous surveillance !
Cela constitue un poids judiciaire supplémentaire non dénué de culpabilité, et un allongement de la procédure dans un "provisoire" qui se prolonge. Des mois et des mois de "lieux d'accueil", souvent des années, aboutissent à maintenir moins qu'un minimum de contacts et parfois plus aucun contact, même si de temps en temps seulement un "droit de visite" limité est rétabli, là où l'espérance du parent victime d'accusations non fondées était de vivre avec son enfant d'une façon équilibrée.
1.-Dans les cas de fausses allégations, c'est une fausse réponse aux accusations que les mères font de plus en plus contre les pères en déclarant exagérément incestes et attouchements vis-à-vis de l'enfant, et trop de professionnels s'y engouffrent en utilisant les lieux d'accueil comme une réponse aux hésitations des juges.
2.-Dans les cas de conflit, s'il y a "conflit" c'est principalement parce qu'il y a manque de droit et manque de devoir. Peu acceptent de jouer ce rôle moral d'imposer des droits et des devoirs, surtout en matière familiale. Les juges sont en train d'inverser un processus. Avant, ils disaient la règle : "tel parent verra quand même son enfant, même si l'autre parent n'est pas d'accord", pour en arriver maintenant à en gérer l'opposition : "tel parent ne verra pas son enfant, sauf si l'autre parent est d'accord". C'est le côté insidieux de la fameuse expression "sauf meilleur accord des parties"... sauf meilleur accord, on ne fait rien, et il ne se passe rien !
Actuellement, il nous semble qu'il y a ambiguïté entre ces deux tendances contradictoires : soit les deux parents sont maintenus ou introduits en équilibre des pouvoirs, voire en contre-pouvoir ;
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soit, l'un des parents a tout pouvoir, droits et autorité vis-à-vis des enfants. Dans la première hypothèse, si certains perçoivent sans doute difficilement comment pourrait se gérer cet équilibre des pouvoirs c'est sans doute que peu connaissent vraiment le processus et les avantages de la médiation familiale. Sans doute craignent-ils aussi que la gestion de la décision finale leur échappe puisque ce sont les parents eux-mêmes qui prennent leurs décisions ! Il est vrai que ce n'est pas facile de comprendre, de saisir la "dynamique" vivante et extraordinaire de la médiation familiale par rapport à la "statique" des jugements, arrêts et ordonnances. Il est alors certainement plus facile pour eux de se référer à la seconde hypothèse qui colle parfaitement avec une socio-culture traditionnelle qui correspond mieux à l'institution qui se perpétue jusque maintenant : souvent il est affirmé qu'il est plus simple que ce soit un seul des deux parents qui ait tous pouvoirs et les lieux d'accueil y répondent, alors que la médiation familiale n'y répondrait sans doute pas ; elle exige l'implication des deux parents.
Un lieux d'accueil fermé et gardé prend alors bien des aspects pervers, sous la fausse apparence de faciliter les relations entre pères et enfants.
3.-Dans le cas où c'est l'enfant qui s'oppose à la relation avec l'un de ses parents, il faut avant tout examiner pourquoi, en comprendre le sens, en comprendre le processus, et ce qui s'est passé de l'histoire familiale et autour de la séparation. Et il faudra alors travailler avec l'enfant sur les relations parentales plutôt que s'en tenir à l'opposition de l'enfant. Travailler véritablement avec l'enfant, c'est aussi travailler sur le contexte de sa vie, et sur ce qui s'est passé pour en arriver là. Il n'y a aucune raison qu'un enfant ne veuille pas voir ou rencontrer l'un de ses parents s'il n'y a pas une raison majeure. Soit il a été maltraité par le parent qu'il craint ; soit il a été manipulé et instrumentalisé par le parent qui a pris le pouvoir de le faire. Il y a forcément moyen d'objectiver ce qu'il perçoit et ce qu'il ressent. Et il faudra l'accompagner sur le chemin pour lui permettre d'évoluer, voire qu'il comprenne lui-même comment il peut se défaire de cet enfermement qui l'empêche d'avoir une bonne relation avec le parent éloigné. Plus ce travail sera fait tôt, moins sa situation sera figée et cristallisée, et plus il aura de chance de s'en sortir sur son chemin de l'enfance, de l'adolescence ou d'adulte.
De toutes façons, il devrait y avoir possibilité de trouver un consensus moral : ce n'est pas en contraignant celui à qui le juge donne le moins de droit qu'on peut arriver à une bonne solution car c'est contre toute logique humaine. Il faut au contraire imposer des limites à celui qui prend trop de droit par rapport à l'autre parfois jusqu'à lui supprimer ses droits et sa parentalité.
Sinon, le point-rencontre devient alors le lieu de l'angoisse d'un des parents, mais des enfants. Le lieu d'accueil apparaît comme l'alibi de l'individualisme, d'un combat qui réduit la famille à la liaison duelle mère-enfant, ou plus exceptionnellement père-enfant. Le point de rencontre est le résultat du conflit qui organise le futur.
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Les parents, avec les points-rencontre, sont encore un peu plus enfermés dans les rôles respectifs de "gagnant" et de "perdant", gagnant l'enfant, ou le perdant.
S'il y a conflit, c'est que l'un des parents veut marginaliser, ou éliminer l'autre dans la relation à l'enfant, au moins par rapport à l'égalité de droit nécessaire entre les deux parents. Mais, de plus, s'il y a conflit, c'est parce que les décisions judiciaires entérinent souvent la position conflictuelle du parent qui veut éliminer l'autre de la relation à l'enfant commun, et en l'occurrence, souvent, donne raison un peu aveuglement à l'un des parents, au nom de sa place symbolique à laquelle personne n'ose toucher !
Les points-rencontre deviennent alors les supports concrets et effectifs pour accentuer les conflits et au besoin pour que l'un des parents les créent, avec si nécessaire toutes les fausses accusations que les juges ont l'habitude d'entendre : reproches pathologiques, reproches de violences, attouchements et inceste, etc., dans lesquels l'un des parents est victime de procédure où la règle devient la présomption de culpabilité plutôt que présomption d'innocence. Il faut ainsi alors avoir une force immense et de saines réactions de défense pour supporter toutes ces dévalorisations, et ces fausses accusations, ce qui renforce encore plus le déséquilibre entre les deux parents, donc qui aggrave les conditions du conflit.
Les points-rencontre ne semblent pas vraiment des lieux neutres, car ils agissent avec une interaction très forte dans les procédures en venant figer la situation parentale où l'un des parents a donc tous les droits de vivre pleinement avec son enfant, l'autre seulement bien peu d'instants pour le voir ou l'entrevoir.
Un enfant sur deux en France ne voit plus son père affirme l'INED (Institut National des Études Démographiques). Ce n'est pas en limitant ainsi les relations parentales avec les points-rencontre que les milliers d'enfants qui ne voient plus leur père, ou leur mère, retrouveront un contact durable ! Au contraire, les lieux d'accueil concourent à la distanciation, à l'éloignement. Le point-rencontre, c'est le lieu de découragement des parents, dans un rapport de force extrême.
Les points-rencontre vont de pair avec le maintien des droits de visite malheureusement "habituels" (1er, 3ème, 5ème week end. et la moitié des vacances) qui entraînent éloignement et distanciation, déresponsabilisation et abandon. C'est véritablement l'école de l'oubli où les relations quotidiennes avec l'enfant font partie du passé, sans actualisation. Rien d'efficace ne peut se construire dans la discontinuité de quinzaine en quinzaine, ou encore de mois en mois. C'est le maintien du rapport de force marginalisant l'un des deux parents.
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Nous n'avons pas vu de points-rencontre accueillant les enfants suivant un rythme accru, rapide, compensant le peu d'heures de visite, par exemple plusieurs fois par semaine, mais il y en a peut-être, ce qui serait une nouvelle pratique qui pourrait peut-être faire progresser les situations s'il y a un travail d'accompagnement.
Or, sans travail d'accompagnement, sans travail avec les enfants, il ne peut rien en advenir sinon la distance prise, les rapports de force accentués.
Les points-rencontre, c'est concrètement : -pas d'intimité, -pas de lieu privatif, -pas de sortie, pas de vie sociale, -pas d'activité réelle, -pas de liberté, -pas de durée.
C'est exposer sa parentalité à nu, vide de sens, alors qu'il faudrait de la décence, de la protection et de l'encouragement aussi bien pour le parent en position difficile que pour l'enfant.
Or, tout ceci n'est pas plus l'intérêt de l'enfant qui lui aussi est sous surveillance, et observe, constate que l'un de ses parents est aussi sous surveillance.
Les points-rencontre ne sont pas la réponse au conflit, en aucune manière. Ils sont les réponses du parent qui refusent l'enfant à l'autre.
Les points-rencontre, c'est la faillite du droit, puisque ces décisions viennent lorsque les décisions judiciaires habituelles ne sont pas appliquées parce que le parent "habituel" s'y oppose. La justice ne fonctionne pas : elle sous-traite, en pis aller.
C'est une nouvelle façon de retrouver une extrême limitation des "droits de visite", et c'est contraire à l'évolution sociale (et juridique et législative) des relations entre les parents, des relations entre pères et mères, entre hommes et femmes. Par contre, paradoxalement, c'est le corollaire d'une évolution vers l'égalité entre hommes et femmes, ou/et entre père et mère : plus on va vers l'égalité entre homme et femme, plus il y a des résistances de la part de ceux qui s'y opposent, et plus les
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vieilles idées perdurent pour renforcer les anciennes pratiques. Malheureusement, il est donné primeur à ceux qui freine et s'oppose à ce que l'enfant ait droit à ses deux parents.
Quel est le rapport entre "enfermement" et "situations conflictuelles" ? Quelle logique ?
Il n'y a aucune relation entre les deux. Les points-rencontre contribuent à figer les situations, et les empêcher d'évoluer vers l'égalité nécessaire et le dialogue utile, à moins que par ailleurs le dialogue et la médiation familiale permettent d'en sortir.
Comment expliquer que la plupart des cas, les parents restent enfermés "intra-muros", bien souvent dans des locaux exigus ?
Le satisfecit parfois donné n'est pas justifié. Des travaux de recherche effectués montrent que dans 60 % des cas, on ne sait pas ce que deviennent les relations parents-enfants après leur séjour dans les points de rencontre.
Or, nous, nous savons ce que deviennent ces relations : elles n'existent plus. Les parents abandonnent devant tant de soumission demandée, leurs difficultés financières sont énormes. Ils dépriment de ne plus avoir de famille. Ils perdent leur travail — d'ailleurs pourquoi donc travailler ? Pour une famille qu'ils n'ont plus ? — Ils se retrouvent même parfois à la rue. Ils fuient. Ils disparaissent. Ils n'ont plus confiance en rien, ils ne croient plus en rien. Ils n'osent même pas dire ce qu'ils sont devenus. De toutes façons, ils ne sont rien devenus. Ils sont les "morts civils" de notre siècle, comme cela existait au 19e siècle. Ils sont les exclus des exclus. Observons que 75 % des
S.D.F. sont des pères divorcés. La question de l'accompagnement à la suite d'une rupture de relation avec l'enfant depuis longtemps, répond sans doute aux mêmes réserves que certains spécialistes ont sur les capacités des pères à s'occuper de leurs enfants : ils auraient besoin d'assistance et auraient besoin d'être surveillés. Et quand il est question des mères en difficulté vis-à-vis de leur enfant, on les déconsidère, on les regarde comme celles qui ont perdu le contact, et c'est sans doute de leur faute ; elles sont de mauvaises mères.
Dans ces cas particulièrement difficiles, il suffirait de lieux très ouverts où les parents pourraient trouver réconfort, aides et accompagnements... seulement s'ils le souhaitent. Mais surtout, il faudrait qu'il y ait à travailler les oppositions, les complications.
p. 10 Stéphane DITCHEV, secrétaire général de la Fédération Nationale des Mouvements de la Condition Paternelle
LES SOUHAITS DES PARENTS
Il apparaît très difficile pour des parents "normaux" d'avoir des relations avec leurs enfants dans les conditions des points-rencontre sous surveillance, dans des lieux sans vie, hors leur vie quotidienne. L'expérience de ceux qui l'ont vécue se ressent comme avoir été enfermés sous surveillance, comme dans une cellule, avec un gardien, même lorsque c'est avec la plus grande gentillesse du personnel ; c'est un sentiment de blessures supplémentaires, de difficultés prolongées, de soumissions accrues à l'autre parent, de constat d'échec, d'approfondissement du manque de droit, et surtout un manque de possibilité d'être dans une relation affective normale avec leur enfant.
Ce que parents et enfants souhaitent pour leur relation propre : c'est la liberté, c'est aller et venir, c'est une relation de voisinage, c'est vivre dans leur propre maison, c'est la chaleur de leur maison, c'est l'intimité et la pudeur, c'est leur parentalité dans toute sa conception, c'est aussi le contact avec d'autres membres de la famille, grands-parents ou autres.
Par contre, mais c'est une autre question, il apparaît important de trouver des réponses pour les parents qui viennent voir leurs enfants à des centaines de kilomètres de chez eux afin de les accueillir, et là encore il y a confusion entre lieux ouverts et lieux surveillés. Ceci est d'autant plus vécu durement si le déplacement est dû à un "kidnapping légal" que souvent l'un des parents a fait en enlevant l'enfant, en l'emmenant à des centaines de kilomètres.
Il pourrait y avoir des lieux ouverts : lieu d'accueil et lieu d'activités en toute liberté. Pourquoi même ne pas voir et accepter les propositions de familles d'accueil ou des solutions d'équivalents de gîtes ruraux.
Pour un minimum de cas, ce serait un lieu de "retrouvailles", un lieu ponctuel d'accompagnement dans la relation à l'enfant. Mais ce ne sont pas des lieux adéquats pour ceux qui n'ont pas besoin d'accompagnement.
Il pourrait être aussi un lieu "d'échange" et de transition ponctuelle qui évite que l'enfant n'aille de l'un à l'autre des parents sur la quai d'une gare ou sur le paillasson, ou encore en bas de l'escalier devant l'interphone.
Ces lieux devraient être des lieux ouverts afin de permettre d'améliorer les relations entre pères et enfants, et non pas des lieux fermés.
p. 11 Stéphane DITCHEV, secrétaire général de la Fédération Nationale des Mouvements de la Condition Paternelle LES LIEUX D'ACCUEIL ET LA MÉDIATION FAMILIALE
Il faut donc lever la confusion existante entre "lieu d'accueil" et "médiation familiale".
La médiation familiale se propose d'aider les parents à gérer eux-mêmes leurs désaccords et leurs différends, alors que les "lieux d'accueil" se proposent de gérer eux-mêmes un droit de visite d'une façon cadrée et surveillée dans un lieu limité, pour une durée limitée. Alors que la médiation familiale est fondamentalement un processus permettant une évolution de chacun, nous constatons que les lieux d'accueil tels qu'ils fonctionnent cristallisent et figent les positions du parent "habituel" dans une situation de prépondérance, de primauté et de pouvoir.
Les points-rencontre apparaissent difficilement en complément de la médiation familiale, car les professionnels qui y travaillent sont (tel que nous l'avons observé) souvent dans la confusion des fonctions : or ils sont des intermédiaires et non des médiateurs familiaux, souvent des intermédiaires protégeant la situation de déséquilibre, et considérant le parent "visiteur" comme un sous-parent.
Les lieux d'accueil sont l'image de la déresponsabilisation des parents, alors que la pratique de la médiation familiale est, à l'opposé, responsabilisation.
On pourrait comprendre, de la part de ceux qui veulent suivi et contrôle, que parfois, il soit préféré les lieux d'accueil parce qu'il y a suivi judiciaire et un contrôle, alors que la médiation familiale plaît sans doute moins, parce que la responsabilité est redonnée aux parents, sans contrôle.
Il faut vraiment redonner aux parents la gestion de leurs propres difficultés que, de toutes façons, aucune institution ne suivra pendant des années, et la médiation familiale seule peut les y aider.
LES SOLUTIONS SONT-ELLES DANS LE PROCESSUS JUDICIAIRE OU DANS LE DOMAINE DES RELATIONS PARENTALES ?
Pourquoi chercher des solutions judiciaires et alourdir les procédures, là où les solutions sont d'ordre psychologique, relationnel et liées à la communication entre les deux parents ?
Il est nécessaire de travailler sur le "conflit", plutôt que de le considérer comme acquis, car il conforte la position du parent qui refuse de reconnaître l'autre comme un parent à part entière.
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Mais, il faut donc affirmer avec force et clarté le droit de l'enfant à garder ses père et mère près de lui, tout autant affirmer le devoir de coparentalité. Sans une réelle égalité de droit, il est illusoire de croire que les parents puissent négocier s'ils ne sont pas d'égal à égal. Nous devrions attendre des affirmations fortes des juges et des décisions judiciaires.
La médiation familiale semble plus que nécessaire pour répondre à l'évolution des histoires familiales. La médiation familiale paraît aujourd'hui la solution à généraliser.
Oui, les solutions sont plus d'ordre relationnel que judiciaire.
Cependant, n'allons pas trop loin dans le côté "psy", et apparemment, Oedipe ne retrouverait pas plus son compte aujourd'hui, car avec les pratiques judiciaires valorisant les " points-rencontre ", la marginalisation du père semble presque garantie, ainsi que semble maintenue la fusion de la relation mère-enfants.
Le père est déjà mort au combat (mort civile, j'entends), et Oedipe n'aurait plus besoin de se crever les yeux, car il aurait été rendu aveugle dès sa naissance...
°oOo°
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