l'enfant et son père
FÉDÉRATION DES MOUVEMENTS DE LA CONDITION PATERNELLE FÉDÉRATION DES MOUVEMENTS DE LA CONDITION PATERNELLEFÉDÉRATIONDESMOUVEMENTSDELACONDITIONPATERNELLE
pour une responsabilité parentale égale en cas de séparation et de divorce
F.M.C.P. -144 avenue Daumesnil, 75012 Paris tél. 01 43 41 45 18 -fax. 01 40 04 94 95 LA ROCHELLE – 20 mars 2003
A.E.M.O. PAROLE DES USAGERS / ACTIONS DES PROFESSIONNELS / RAPPORT DIALECTIQUE
15 minutes = 7 pages en Geneva 12 = 16 000 cse
Mesdames, Messieurs,
Chaque année nous accueillons et recevons, des milliers de parents un peu partout en France, dans une cinquantaine de nos associations de différentes régions, et c'est en cela que nous pouvons intervenir devant vous et retransmettre ici leur parole. Rappelons que notre réseau d'associations existe depuis 1974, il y a presque 30 ans, et que nous pouvons tirer de cette durée une longue expérience par rapport à des dizaines de milliers de personnes.
La quasi totalité des parents que nous accueillons sont face à un juge civil qui agit en prenant une décision judiciaire touchant à l'autorité parentale ou son exercice. Il est vrai que dans la plupart des cas, les parents se trouvent en procédure devant le juge aux affaires familiales (J.A.F.), car nous traitons surtout des divorces et des séparations difficiles, ainsi que leurs conséquences, principalement sur les enfants. Rares sont les J.A.F. qui ont ordonné une A.E.M.O., bien que nous ayons déjà rencontré de tels cas. Mais nombreux sont les parents confrontés à une A.E.M.O. ordonnée par un juge des enfants (J.E.), et donc qui sont face à une assistance éducative après une décision du J.A.F.
Cependant, notons que notre public est tout de même particulier comparé aux cas généraux de maltraitance et d'enfants en danger. Il s'agit rarement ce qu'on peut appeler des "cas sociaux" où les enfants sont délaissés ou maltraités physiquement, mais plutôt des cas d'enfants qui se trouvent en danger à cause de situations conflictuelles entre les parents. Ce sont, sans doute même, plus des situations de danger entourant l'enfant, d'enfant vivant dans un contexte dangereux, que des enfants
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directement clairement en danger, au sens de danger physique. Ce sont des situations où l'enfant est en souffrance, où l'enfant est psychologiquement maltraité, en étant pris en tenaille dans un fort conflit de loyauté vis-à-vis de chacun de ses parents et entre ses parents, où l'enfant est soumis à des pressions de la part d'un parent en l'incitant à prendre position contre l'autre parent, où il est pris au milieu d'enjeux affectifs, voire d'enjeux financiers. Parfois encore, l'enfant est poussé, encouragé à mentir pour inventer des faits qui seront reprochés à l'autre parent. C'est un enfant écartelé.
Combien de fois avons-nous vu des situations familiales où l'enfant "n'a pas droit" à ses sentiments, n'a pas droit à avoir une libre pensée, n'a pas droit à une éducation sereine et coparentale ! c'est-à-dire une éducation dispensée par ses deux parents. Oui, dans les situations de séparation des parents, l'enfant est souvent contraint par l'un d'eux, est obligé de dire et faire ce qui est demandé parfois au-delà de son intérêt et de son bien-être ; oui, l'enfant est utilisé dans le conflit qui oppose ses parents. D'ailleurs, c'est si facile — même si nous le déplorons — c'est si facile pour un parent, de prendre l'enfant à témoin d'une difficulté vécue, de lui faire part d'un différend parental, de l'impliquer, de lui demander son avis… de lui demander son avis à condition qu'il s'exprime dans le même sens que soi… Vous savez, ces questions directives… ces questions tellement directives que l'enfant ne peut que répondre ce que l'on attend de lui. On lui dit que son père est méchant parce qu'il a fait tellement de mal à maman. On lui dit que sa mère est méchante parce qu'elle a fait tellement de mal à papa. Comment l'enfant s'y retrouve t-il alors ? Comment l'enfant pourrait-il s'y retrouver ?
Nous avons été personnellement en présence de situations terrifiantes ! Nous avons aussi été pris à témoin. Parlant devant nous avec son enfant à côté, tel parent indique que son enfant s'ennuie avec l'autre, ne fait rien d'intéressant… et interpelle son enfant, l'incite à confirmer. Parfois, il dit clairement que son enfant ne veut pas aller chez l'autre. Tel autre valorise sa propre position éducative en disant qu'il/elle apporte tout ce qui est nécessaire, et que l'autre parent ne ferait pas mieux ou ferait moins bien ! Un autre parent nous disait que son enfant, qui était aussi devant nous, ne ressemblait pas du tout à son père, qu'ils n'avaient rien de commun, alors que, de toute évidence, l'autre parent, absent, me semblait bien avoir une origine indienne si je ne trompe pas trop : l'enfant était tellement typé ! son teint, la couleur de ses cheveux, l'expression de son visage en disait long… D'ailleurs, même si son teint démontrait bien l'origine de sa filiation paternelle, il était bien pâlot, en nous regardant… Tel autre parent répond à son petit garçon de 2 / 3 ans qu'il ne fallait pas dire le mot "papa", car c'était un gros mot ! D'autres parents interdisent les gestes d'affection vis-à-vis de l'autre devant eux. Beaucoup de parents disent "c'est moi qui décide de tout… ton père / ta mère n'a rien à dire… cela ne le / la regarde pas…"
Dans un autre registre, ce sont souvent les questionnaires au retour d'un weekend, cherchant ce qui ne va pas : qu'est-ce que tu as fait ? Tu n'es pas allé à la piscine au moins, avec le rhume que tu as ! Tu n'es pas allé tout de même faire du cheval, je t'ai déjà dit que c'était dangereux ! Si tu as fait du vélo, tu as bien mis un casque, n'est
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ce pas ? ou bien encore : chez qui êtes-vous allé ? Ah ! Comment s'appelle t-il ou s'appelle t-elle ?
Parfois encore, au milieu de toutes, il y a ces questions plus graves et plus insidieuses : que t'a-t-il fait ? Comment t'a-t-il touché ? Comment a-t-il lavé ? Prend-il le bain avec toi ? Dors-tu dans son lit ? ou : dors-tu dans leur lit ? Tout ceci afin de préparer une plainte ou un signalement, jusque, dans les cas ultimes, à vouloir éliminer l'autre parent par des fausses accusations d'abus sexuel, ce qui laissera des traces durant toute la vie des parents mais aussi durant toute la vie de l'enfant. Bien évidemment, nous ne parlons là que des cas où les accusations sont fausses et non justifiées, et il y en a beaucoup.
Ne nous étonnons pas si tant d'enfants sont déstabilisés ! Tant d'enfants perdent leurs repères ; leurs repères principaux étant la confiance accordée à leurs deux parents, toute l'affection nécessaire pour eux, mais encore l'image de sérénité qu'ils devraient avoir tant pour leur père que pour leur mère, et le respect de l'un vis-àvis de l'autre. On peut ajouter aussi le respect de la relation avec les grands parents, les oncles, les tantes, les cousins des familles paternelles ou maternelles.
La confusion des places de chaque membre de la famille est une des préoccupations. Combien de fois, la mère fait-elle appeler le beau-père "papa", ou bien le fait dessiner sur le cahier d'écolier dans l'arbre généalogique à la place du père, celui-ci disparaissant simplement. Ceci est d'ailleurs un peu encouragé par certains discours de quelques professionnels écrivant des confusions sur l'identité du père : est-ce celui qui a donné naissance à l'enfant ou celui qui l'élève ? Si cette question est peut-être pertinente dans les cas d'adoption ou d'insémination artificielle avec donneur (I.A.D.), elle pose de graves problèmes lorsqu'il s'agit de remplacer le père par le beau-père…
C'est sûr que c'est l'expression d'un désastre individuel, d'un mal vivre, l'expression de parents "perdus dans leurs sentiments", qui tentent de se raccrocher à quelque chose, qui ont besoin de se justifier, de construire un semblant d'explications qui pourrait donner de bonnes raisons de couper les ponts, de s'éloigner, de rompre la relation de l'enfant avec l'autre… ou simplement de dénaturer la relation de l'enfant avec l'autre parent, de la minimiser, de la rendre secondaire et inhabituelle…
Ou alors, le conflit est l'expression d'un parent qui, consciemment, veut garder l'enfant pour lui tout seul, qui veut éliminer la part de l'autre que l'enfant porte en lui, qui veut éliminer l'autre parent pour l'avenir de l'enfant, qui veut couper l'enfant en deux et rejeter la part qui ne lui convient pas... L'enfant devient alors un objet ou un sujet d'appropriation exclusif monoparental. Nous voyons beaucoup de ces cas qui d'ailleurs ont pris de l'ampleur, se sont développés en parallèle avec l'augmentation des divorces et des séparations. Cela devient un syndrome dans notre société. Souvent, les
procédures n'aident pas car elles ne favorisent pas le dialogue surtout quand le dialogue est déjà rompu. Les procédures obligent à être sur la défensive, à justifier, à argumenter et vouloir convaincre, à vouloir dire qu'on a raison, à rester sur sa position plutôt que la faire évoluer. Là où il faudrait que le droit et les procédures servent à affirmer que l'enfant à droit à ses deux parents, souvent nous voyons que cela sert à mettre en place et à affirmer une situation monoparentaux dommageable à l'enfant.
L'enfant est instrumentalisé au milieu du conflit conjugal, au milieu d'un conflit où "conjugal" et "parental" ne sont pas identifiés comme différents. Alors qu'il faudrait faire la part des choses entre "conjugal" et "parental" ! Mais nous savons que ce n'est pas facile de faire cette distinction. Or nous savons aussi que l'enfant a droit à être un enfant, et ne doit pas être projeté dans les désaccords parentaux et servir d'enjeux, ni de faire-valoir.
Si nous insistons sur le conflit, c'est parce qu'il nous apparaît que cela est de la maltraitance, mais c'est d'ordre psychologique, et cela ressort bien des travaux de certains professionnels de l'A.E.M.O. Une maltraitance qui a du mal à apparaître comme telle. Une maltraitance qui ne se retrouve pas vraiment dans les textes de loi, ni en pénal, ni en civil. Une maltraitance qui souvent ne se voit pas, et qui ne se quantifie pas comme la maltraitance physique. Une maltraitance occulte qui pourtant laisse des traces sans doute plus graves que certaines maltraitances qui se voient objectivement.
Alors, nos réflexions et nos propositions portent sur 5 idées.
1.-Préserver et conserver la responsabilité des parents.
Hormis les cas les plus graves où l'enfant est placé, les parents doivent garder toutes leurs responsabilités. Nous savons que c'est ce qui se passe dans la quasi totalité des cas de l'A.E.M.O.
Cependant, dans les situations de parents séparés, le juge des enfants, bien souvent, ne connaît qu'un seul des deux : celui a qui l'enfant a été confié et chez qui est l'adresse du domicile de l'enfant. Et là nous connaissons le poids des mots "garde" ou "résidence habituelle"… même si la dernière loi du 4 mars 2002 supprime la notion de résidence habituelle. Nous voudrions que, systématiquement, les deux parents soient concernés, interpellés, convoqués, et qu'ils soient bien reconnus comme interlocuteurs, ayant tous deux l'autorité parentale. Nous savons bien que ce ne sont ni
les juges des enfants, ni les professionnels de l'A.E.M.O. qui peuvent rectifier les déséquilibres issus et traités par les J.A.F., même si nous avons vu des cas exceptionnels.
2.-Revaloriser la place des pères
Nous constatons de grandes inégalités de traitement entre père et mère. Le père est trop souvent cantonné à un rôle d'observateur dans les cas d'A.E.M.O., et encore faut-il qu'il soit au courant… Bien sûr, rien n'oblige véritablement une mère à donner les coordonnées du père : elle peut toujours dire qu'elle ne les connaît plus, et qu'elle ne le connaît plus.
Mais, nous sommes persuadés que ceci est capital d'une part pour le père car il a cet attachement très fort à son enfant, et est préoccupé de son bien-être et de son intérêt — ou on va le supposer, comme pour la mère ; d'autre part capital pour la mère, car il est bien utile de dire et d'affirmer que la mère n'est pas la seule responsable d'une situation difficile qui est amenée devant le tribunal, que les deux parents sentent bien qu'ils sont tous deux dans une relation de coresponsabilité parentale, et co-acteurs du présent et de l'avenir de leur enfant commun ; et enfin capital pour l'enfant afin qu'il ressente bien qu'il est sous la responsabilité de sa mère et de son père.
Ceci est d'autant plus important que nombre d'enfants en danger ont une place particulière dans des familles dont les parents sont en conflit. Faut-il aller jusqu'à parler de familles dangereuses ou de familles en situation dangereuse ?
Nous voyons qu'un certain nombre de situations problématiques viennent de l'absence de père. Sans dire que les enfants manquent d'autorité en manquant de père, nous voulons affirmer que les enfants ont besoin de leurs deux parents pour trouver leur équilibre, grandir dans la vie, et préparer l'âge adulte. Mais surtout, ce n'est déjà pas si facile d'élever un enfant à deux ; croire qu'on peut élever un enfant seul/e est une gageure presque impossible. L'enfant ne se construit pas avec une seule personne : il se construit aussi avec d'autres du voisinage, avec l'école, avec plein de gens dans la société, et nous ne voyons pas comment le père en serait justement absent. Il faut qu'il soit présent, et non pas éloigné.
Les deux parents, tous deux, vont apporter à l'enfant exemples, modèles, idées et réflexions. Tout autant, les deux parents, tous deux, vont lui apporter l'affection, la tendresse, l'amour dont il a besoin de se nourrir. Le père et la mère apportent à l'enfant des choses différentes, complémentaires. Et les père et mère apportent à l'enfant différence et complémentarité. Ils apportent altérité et parité.
3.-Droit de consultation du dossier.
Ce qui va de pair avec la responsabilisation des parents, ou reconnaissance de la responsabilité des parents, c'est la prise en charge par eux-mêmes de leur propre affaire. Pour cela, il est nécessaire qu'ils pensent, qu'ils réfléchissent à leur situation, à la situation dans laquelle ils sont les premiers interlocuteurs, avec leur enfant. Ils ont sans doute besoin d'être aidé, il faut peut-être les aider à les remettre "sur les rails", mais il faut qu'ils possèdent leur propre dossier, qu'ils entrent en possession de leur dossier. En conséquence, ils doivent avoir un accès, sans limite, à leur dossier judiciaire et aux investigations de l'A.E.M.O. La jurisprudence et les textes évoluent dans le bon sens, mais encore il faudra les parfaire.
4.-Contradiction entre J.E et J.A.F.
Nous avons déjà soulevé quelques contradictions, voire des oppositions entre des décisions judiciaires J.A.F. et J.E. qui semblent en général nuisibles tant à l'intérêt des enfants qu'à un bon fonctionnement judiciaire. Il y a peu d'articulations. Nous pensons qu'il faudrait peut-être une coopération, et pourquoi pas une collaboration entre les deux juges ! même si nous savons les difficultés structurelles pour une telle proposition. Mais c'est une piste de réflexion. Actuellement, il y a tout de même moyen de favoriser une articulation par la communication des pièces et rapports, peut-être avec la collaboration du parquet.
5.-Les possibilités de résorber le conflit.
Pour nous, les possibilités de résorber le conflit se trouvent moins dans des décisions autoritaires, moins dans un contrôle des comportements parentaux que dans les façons de responsabiliser les parents face à leurs propres conflits. Il faut qu'ils comprennent ce qui a amené l'enfant à une situation difficile. Il faut qu'ils intègrent en quoi ils sont aussi responsables de ces difficultés pour leur enfant. Peut-être, ils ont autant de responsabilité l'un que l'autre ; peut-être l'un est-il plus responsable que l'autre… Mais il faut qu'ils trouvent des solutions tous les deux, ensemble.
Bien évidemment, je pense à la médiation familiale qui permet de créer les conditions de renouer le dialogue, qui permet une approche dialectique, à la fois entre les deux parents, et vis-à-vis des graves questions posées à leur enfant ; et encore, qui leur permet tout en s'impliquant eux-mêmes, de trouver, de construire des accords apaisants, de mettre en oeuvre ce qu'ils auront pu convenir pour leur enfant commun.
La parole, un lieu de parole en commun permet l'élaboration d'une pensée, d'un accord ou l'énoncé d'un désaccord, ce que permet la médiation familiale.
Il faut travailler sur la parole des parents, la parole… instrument de dialectique, par excellence. Et puis, c'est par la parole qu'ils se sont connus et rencontrés, c'est par la parole qu'ils maintiendront le contact quand ils sont séparés.
Ne croyons pas qu'une décision prise en dehors des parents ou un accompagnement du conflit suffirait. Il faut travailler la relation entre les deux parents. S'il y a conflit, il faut traiter le conflit lui-même.
Traiter le conflit est aussi la condition pour que l'enfant puisse garder ses deux parents, et certainement améliorer ses rapports avec eux.
Je vous remercie de votre attention.
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