dimanche 27 mai 2007

STÉPHANE DITCHEV stephane.ditchev@FMCP.org 18 144 av. Daumesnil, 95 75012 PARIS téléphone : 01 43 41 45 fax : 01 40 04 94 Réunion A.P.M.F.-P.I.F. du 12 mars 2002
LES POINTS-RENCONTRE… & LA MEDIATION FAMILIALE…
Dès le début de la réunion A.P.M.F.-P.I.F. du 12 mars 2002, il a été évoqué les différences entre Pt-R et M.F.
La première idée évoquée en atelier était d'examiner plutôt en premier lieu les points communs.
Nous avons bien eu du mal a lister nombre de points communs. Les points suivants ont été cités, soit dès le début, soit au cours des discussions.
-objectif de maintien du lien -objectif de soutien à la parentalité -public concerné : familles en situation de séparation -la façon dont on aborde la famille (sic…) -accompagnement pour les parents pour communiquer autrement (sic…) -passage, transition -la compétence parentale (utopie ?)
J'ai fait remarquer que tous ces points soulevés correspondaient plus au vaste sujet que représentent les séparations familiales plutôt qu'aux pratiques elles-mêmes. De plus, la quasi totalité des divers professionnels impliqués sur ce sujet pouvait se sentir concernée par tous les aspects cités (ci-dessus) avec des pratiques fondamentalement différentes : aussi bien Pt-R que M.F. ou juges, avocats, enquêtrices sociales, experts, A.E.M.O., thérapeutes, etc.
Par contre, travailler les différences a contribué à mettre en évidence des pratiques différentes, voire opposées (voir ci-après).
Cependant, il faut sans doute reprendre l'histoire de la mise en place des Pt-R et de la M.F. pour comprendre les divergences et les confusions. Les Pt-R et la
M.F. se sont concrètement mis en place, en France, presque simultanément, à

p. 2.la fin des années 80, à un moment où différentes personnes réfléchissaient à de nouvelles pratiques pour faire face aux difficultés observées dans les divorces et les séparations.
Déjà, des associations de parents, essentiellement en France le M.C.P. et Parents Forever International (P.F.I.), ont promu simultanément la déjudiciarisation et la mise en place de lieux de négociation parentale avec l'aide d'un tiers neutre. Il est à noter que dès 1977, le M.C.P. avait énoncé la nécessité d'inventer des lieux de parole et de parentalité avec la création d'un nouveau corps professionnel pour lesquels nous en voyions les objectifs sans en voir tous les contours à cette époque. Nous avions imaginé dès ce moment l'importance et l'utilité de la rencontre des deux parents avec un bref suivi ou accompagnement pour la construction d'accords et les prises de décisions.
L'axe principal de réflexion était la responsabilisation des parents vis-àvis de leurs propres sort et avenir, donc vis-à-vis de la gestion de leurs difficultés de couple parental au moment de la séparation, ceci en se dégageant de l'emprise du monde judiciaire (avocats, juges et tribunaux). De là, nous faisions une double proposition : déjudiciarisation et médiation.
Il nous semblait évident qu'il valait mieux, pour la société, consacrer des efforts à aider les parents, sinon les pousser à prendre les décisions eux-mêmes pour leur avenir et l'avenir de leurs enfants, plutôt que continuer à renforcer l'arsenal judiciaire (civil et pénal) où les décisions sont prises d'une façon arbitraire par un étranger à la famille qui statue au vu d'épais dossiers et à l'ouie de bonnes plaidoiries… Nous avions conscience qu'il fallait trouver une méthode et un cadre pour que les parents puissent positiver leur séparation alors que la quasi totalité des juges et professionnels parlait d'échec des couples et de manque d'intelligence des parents, ou encore d'impossibilité de faire fonctionner une "garde conjointe" à l'époque...
Notons au passage que les mots que nous avions choisis à l'époque, tant parentalité que médiation, tant accueil de l'enfant que coresponsabilité, tant déjudiciarisation que parité étaient soit inventés, soit rénovés ressortant du fond des dictionnaires afin de mettre l'accent sur l'innovation.
De notre part, ce choix d'innover était volontairement issu d'une forte démarche de responsabilisation et de gestion des difficultés par les parents eux-mêmes, et le terme "médiation familiale" fut retenu sur ma proposition le 5 décembre 1983, au sein de Parents Forever International, face à d'autres mots tel celui de "conciliation" qui évoquait trop la confusion avec les audiences de tentative de conciliation du début des procédures de divorce, et ceci malgré que nos correspondants britanniques commençaient déjà à parler de "conciliation services". Le 22 avril 1984 une première grande conférence internationale de P.F.I. tenue à Bruxelles permit d'énoncer clairement notre proposition de médiation familiale, et en 1886, un premier texte d'information succincte posait les fondements de nos propositions afin de préparer un futur colloque mondial que nous tînmes à Genève le 1er octobre 1988.

p. 3.La préparation de ce colloque de Genève fut l'occasion pour différents professionnels de se rencontrer ; maints nous ont dit qu'ils s'interrogeaient alors sur les pratiques sociales (éducateurs, travail social, placements, etc.) et/ou judiciaires (avocats, magistrats) ou parajudiciaires comme celle d'enquête sociale, et la plupart nous montrait leur insatisfaction et leur désir de trouver de nouvelles pistes de travail et de réflexion.
Ce n'est que plus tard, en 1988, que nous rencontrâmes des québécois qui nous indiquèrent qu'au lieu de trop réfléchir, ils avaient commencé à se lancer dans la pratique… La francophonie aidant, les échanges franco-québécois commencèrent fin janvier 1988, où l'A.P.M.E. invitait déjà Lorraine Fillion à Versailles pour un colloque. Puis Annie Babu fit venir régulièrement à l'E.P.E. Aldo Moronne et Justin Lévesque dans le cadre de mini-formations de quatre ou cinq jours outre plusieurs vols organisés au Québec dès cette année 1988. De ces voyages est née l'A.P.M.F. et les premiers médiateurs familiaux apparurent et s'installèrent en quelques années.
Déjà depuis longtemps nous avions déjà perçu plusieurs pistes de travail, en particulier à savoir d'une part l'aide à la négociation, ceci d'autant plus difficile dans le cadre d'un droit inégalitaire entre les parents (surtout avant 1987) et d'autre part le débat à mener pour réduire la force et l'importance de ceux et celles qui veulent s'opposer à la co-parentalité, principalement en soustrayant l'enfant à l'autre parent. Les habitudes judiciaires ne nous ont pas beaucoup aidé, ni dans un sens ni dans l'autre. Néanmoins, le débat fut mené par les parents, directement dans la société, et les pratiques sociales évoluèrent alors. Bien sûr, nous retrouvons toujours aujourd'hui des juges, des avocats ou d'autres professionnels qui s'opposent à la médiation familiale et qui se prononcent contre l'égalité de droit et de fait entre père et mère, mais la société a tout de même progressé.
Répétons encore que la multiplication des divorces et la multiplication des refus par les mères de "présenter" les enfants à leur père posait ouvertement problème, et certains tribunaux commençaient à y être attentif, tout comme à présent encore.
Du côté du M.C.P., nous disions qu'il fallait repenser totalement les divorces et que le fonctionnement judiciaire n'y était pas du tout adapté. Il fallait sortir du cadre "monoparental" des habitudes judiciaires qui d'ailleurs n'était que la persistance du concept de "chef de famille" ayant changé de sexe ! La loi de 1975 sur le divorce était complètement inadaptée, vu qu'elle indiquait confier la "garde" de l'enfant à l'un seul des deux parents, ce qui attribuait ainsi aussi l'exercice de l'autorité parentale, confirmant le vieux principe de confier l'enfant à un seul des deux parents dans la plus pure tradition de l'ancien article 302 du code civil sur le divorce pour faute en vigueur depuis 1884… La loi sur l'autorité parentale du 4 juin 1970 n'était pas plus adaptée puisque, essayant d'éliminer la notion de chef de famille dans le mariage, elle maintenait la mono-responsabilité parentale dans le divorce et les couples de parents non mariés (unis ou séparés) alors que justement on assistait à une augmentation sans précédant du nombre de démariage et de personnes vivant hors mariage.


p. 4.Nos associations de pères revendiquaient l'égalité de droit entre père et mère, et les institutions nous répondaient que ce n'était pas possible, vu que les parents se séparaient et qu'ils étaient en conflit. Sic. Nous répondions médiation familiale, mais peu dans le monde judiciaire y croyait. Là où nous disions co-parentalité, égalité de droit et négociation, on nous répondait échec du couple, conflit des parents et nécessité de désigner un seul parent responsable, mais encore on nous disait que seul les juges pouvaient décider avec pouvoir, savoir et autorité…
Les lois du 22 juillet 1987 et du 8 janvier 1993 sont tout de même venues à notre demande légaliser le principe de l'exercice en commun de l'autorité parentale puis le généraliser, ou presque. La très récente loi du 4 mars 2002 est encore plus claire sur cette question d'égalité de droit avec la suppression de la "résidence habituelle". Cependant même cette dernière loi ne donne pas aux parents des garanties de droit quant à l'égalité de droit, quant à la co-parentalité, ou tout au moins quant à la parité dans les familles.
Nous voyions alors, et nous voyons toujours, des pères durement condamnés pour quelques heures de retard, ou quelques jours de non présentation d'enfant, sans parler des lourdes pénalisations dans les cas de difficultés de paiements, alors que les mères impunément refusent pendant des mois et des années de laisser les enfants à leur père… Nous voyions que les juges n'osent pas condamner les mères alors que les pères sont envoyés très facilement en garde à vue et en prison. Mais en vérité, ce ne sont pas de condamnations dont les parents ont besoin, c'est d'un droit clair et fort exprimant l'égalité de droit, et les limites des dérives, pour que cela devienne la référence dans les relations entre père et mère, mariés ou séparés.
Face aux mères refusant l'enfant au père, certains juges depuis longtemps affirmaient le droit, et imposaient tout de même un droit de visite (terme un peu vieillot et carcéral) d'une fin de semaine sur deux et la moitié des vacances, et cela était plus ou moins respecté.
Mais, ô paradoxe, plus la mère s'y est opposée, plus les juges ont commencé à réduire cette déjà bien minime relation père / enfant. D'un weekend sur deux, ils se sont rabattus à deux ou trois heures… par quinzaine ou par mois ! car commençaient à exister ces lieux de visite cantonnant le père (rarement la mère) à peu d'heures et de moments de relation. Le parent s'opposant à la relation de l'enfant avec l'autre en sortait "gagnant" ayant ainsi diminué un week-end jusqu'à une ou deux heures, parfois trois. L'autre parent, qui n'avait rien à se reprocher, se voyait reclus à une relation tellement minime que la relation même s'en trouvait transformée, encadrée, sous surveillance, dans des lieux artificiels. De plus, plusieurs mois sont nécessaires à mettre en oeuvre cette mesure, pendant lesquels il y a une rupture de relation père / enfant.
Donc, à peu près à la même époque que la création de la médiation familiale, et en parallèle, les points-rencontre se sont mis en place, dont le
p. 5.premier à Bordeaux, mais la démarche, les objectifs et les conditions étaient bien différents de ceux de la médiation familiale.
Les démarches sont radicalement différentes entre Pt-r et M.F., et ce qu'il s'y passe dans ces lieux aussi.
A mon avis, les Pt-R sont nés de plusieurs confusions, et peut-être
d'une usurpation. L'usurpation de vouloir la comparaison avec la médiation
familiale…
… suite en attente…
-éviter les brèves et difficiles rencontres de paillasson
-éviter les conflits de paillasson ou devant l'interphone
-témoigner et garantir la "visite" du "parent visiteur"
-professionnaliser l'accompagnement de la visite
-contenir les pères
-surveiller
-éviter les condamnations des mères
Ainsi, plutôt qu'aller vers l'égalité de droit et la parité, les juges et les
points-rencontre sont allés vers une diminution extrême de la relation entre
enfant et "parent visiteur".
Les soi-disant grandes réformes égalitaires de l'après 68 avaient ratés ;
les vieux principes étaient gardés ; et le passage à la co-parentalité avait
échoué…

Aucun commentaire: